Mardi 25 mai 2010 2 25 /05 /Mai /2010 19:11

coucouc12

"Décalé, hors du temps", voilà comment se présente le groupe Quatre Heures et Demie Aux Indes. Formé au tout début de l'année 2009, ce quatuor originaire de la région lyonnaise, présente une musique entre pop, rock, electro et s'inspire du 7ème art. Porteur de nombreux projets, Quatre Heures et Demie Aux Indes sera présent le 18 juin lors de la soirée anniversaire de Triste Sire, où ils défendront leurs compositions. C'est donc avec un certain intérêt que j'ai voulu en savoir plus sur ce groupe atypique et créatif.

Votre nom, "Quatre Heures et demie aux Indes" est plutôt inattendu pour un nom de groupe. Pourquoi avoir choisi ce nom ?

Maxdörfer : C'est la question qui revient le plus souvent sur ce groupe. Chacun peut y voir ce qu'il veut je crois.

Theo Bettenfeld : J'aime assez le fait qu'on trouve ce nom inattendu, parce que cela suppose que ce qu'il représente, à savoir notre musique, peut l'être aussi par moment. Pour l'anecdote, ce nom est apparu bien avant l'idée de monter le groupe. C'est comme ça que s'intitulait une pièce orchestrale que j'étais sur le point de monter. C'était à la fin de l'été 2006, j'avais 17 ans, je rentrais de soirée ivre mort quand je suis tombé sur ce film génial, India Song, qui passait à la télévision tôt le matin. "Quatre Heures et Demie aux Indes" en est une inspiration directe. Plus tard, quand il s'est agit de monter le groupe, j'ai tenté de changer de nom à la dernière minute, craignant qu'il nous handicape, mais c'était déjà trop tard : Louise menaçait de quitter le projet si on changeait de nom !

Louise B : C'est vrai, c'est un nom qui situe directement l'ambiance visuelle du groupe : un entre deux temporel, un lieu...

Le groupe a été fondé début 2009. Qu'est ce qui a donné naissance à cette formation atypique ?

Louise B. : Le groupe a effectivement vu le jour au printemps 2009, quand nous nous sommes réunis pour la première fois pour répéter nos premiers morceaux, mais c'est trois ans plus tôt que l'histoire a réellement commencé.

Theo Bettenfeld : Oui, fin 2006 lorsque j'ai monté avec l'aide d'un ami un orchestre de chambre expérimental. Je me suis incrusté au conservatoire pour débaucher quelques instrumentistes, et on a commencé à se réunir dans différents lieux pour jouer de façon tout à fait confidentielle. J'avais un rôle minime, si ce n'est que je composais et dirigeais. Progressivement, l'orchestre s'est éteint mais c'était dans l'ordre des choses parce que les musiciens étaient tous très jeunes, et tous très doués, et qu'il leur fallait poursuivre leurs études dans d'autres villes. Nous sommes les derniers vétérans de cette première formation, et bien que je regrette de n'être pas être resté en contact avec les anciens musiciens, j'en garde de très bons souvenirs, et notre musique encore actuellement est marqué par le caractère "orchestral" de ses origines.

Pouvez-vous présenter chaque membre du groupe, pour nous dire qui fait quoi et ce que vous faisiez auparavant ?

Theo Bettenfeld : Louise et moi sommes frères et soeurs jumeaux, je n'avais que peu de contacts avec elle mais nous faisions de la musique dans des groupes différents depuis l'âge de 14 ans, lorsque je l'ai contacté pour Quatre Heures et Demie aux Indes, j'étais ravi d'apprendre qu'elle était bassiste, parce que jusque là, c'était un synthétiseur ou une contrebasse qui couvrait cette partie. Maxdörfer est venu se rattacher au groupe parce qu'on avait envie de bosser avec un guitariste intuitif, et qu'il m'a eu l'air de correspondre tout à fait. Peter Tank a un très bon feeling avec mes compos, et je hais les batteurs, mais lui ça va. En plus c'est le seul que je connaisse qui ne crache pas sur le fait de jouer avec des boites à rythme, et qui s'intéresse en général à tout ce qui fait du bruit ! Moi je me suis mis au chant parce que j'écrivais et que je ne voulais pas diriger un chanteur. Ça a commencé à m'inquiéter quand on est en plus devenu des amis...

Maxdörfer : Auparavant j'étais chanteur et guitariste d'un groupe éphémère aux compositions rock/metal alternatif.

Theo Bettenfeld : Max Dörfer a une très belle voix. On chante ensemble par moments, et parfois on chante même en duo sur un ou deux morceaux. Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous n'avons pas fait allusion à des étiquettes, mais plutôt à des groupes que nous avions aimé, nous avons également parlé peinture ou photo avec certains. C'est pour cela qu'il est encore aujourd'hui difficile pour nous de nous définir par "genres". Pop ça me va, ça sonne marrant, bien que je ne me sente pas toujours très proche du milieu "pop".

Le 7ème art joue un rôle important dans vos compositions, pourquoi ?

Louise B. : Wong Kar Wai est mon cinéaste préféré et il se trouve que son esthétique correspond parfaitement avec l'ambiance de notre musique et du groupe en général.

Theo Bettenfeld : Dans nos compositions, oui peut être. Le 7ème et le 9ème art en ce qui nous concerne. On adore la BD, les serials d'aventure, et puis j'aime bien ouvrir un vieux comics SF des 70's qui pue le moisi, et contempler cette vieille vision ultra effervescente des années 2000. La réalité est tellement désespérante, et ce n'est pas une légende : la musique permet réellement de s'en libérer. L'esthétique Bande Dessinée contrebalance le côté un peu désesperé de certains textes.

quatreheures

Pouvez-vous nous dire quels sont les films ou cinéastes qui vous ont marqué tout en nous expliquant, comment vous composez ?

Louise B. : Les films de Tran Anh Hung sont un bon exemple. Et puis WKW toujours...Quand on regarde un film comme "Chunking Express", on a d'abord envie d'être dans le film, d'entrer dans le film, et puis le film se termine et il faut trouver un moyen de prolonger cette sensation... C'est à ce moment que la musique vient, s'écrit, toujours par un voyage sensoriel.

Theo Bettenfeld : Mon premier vrai choc cinématographique a été Elephant Man de David Lynch, que mes parents m'ont fait voir quand j'avais 6 ans. Je ne m'en suis jamais remis, et n'ai jamais désiré le revoir. Depuis, je me suis essentiellement tourné vers le cinéma de genre, pas par prétention intellectuelle mais parce que c'est ce qui me fait réellement vibrer. Il me serait néanmoins impossible de citer des films en particulier, ce serait long et j'aurais trop peur d'en oublier.

Peter Tank : Moi je vais essayer : Gatlif, Fellini, Lynch, Visconti, Kusturika, Keaton, Kurosawa, Wong Kar Wai, Kitano, Burton, Almodovar, Miyasaki, Woody Allen, Kanievska, Gus Van Sant mais j'en oublie forcément... Concernant la batterie : je lance mes bras, ça tombe sur un truc, ça fait du bruit, et si ça me plait pas et, je tape sur autre chose alors c'est très loin du cinéma...

Theo Bettenfeld : La plupart de nos compositions proviennent d'abord d'un air, d'un gimick, de quelques notes qui deviennent rapidement le leitmotiv du morceau. Ce genre de mélodie peut m'apparaître à n'importe quel moment, c'est pourquoi je suis content que les nouvelles générations de téléphones soient équipés de dictaphones, et comme cela, il m'arrive de me retirer un moment d'une soirée ou de m'extirper du lit en pleine nuit pour enregistrer trois notes. Plus la mélodie est simple, plus elle me plait en général. Je la propose au groupe, on essaie de trouver des arrangements un peu nouveaux, et enfin je fait un travail de sampling et d'échantillonnage pour créer un magma sonore qui fait corps avec les parties qu'auront écrit les autres.

Cela vous plairait-il de composer des musiques de film, ou préférez vous garder votre indépendance et votre liberté de création ?

Louise B. : On ne compose pas des musiques de film ! On est tout droit sorti d'un film, nous sommes les personnages de notre propre film.

Maxdörfer : Je ne vois pas en quoi composer pour un film représente une perte d'indépendance. Quand j'écris, je passe continuellement par l'instant ou je m'oblige à arrêter d'hésiter et à faire quelque chose, peu importe.

Que ce soit moi ou quelqu'un d'autre qui me donne des directives, ca ne change dans la plupart des cas par grand chose.

Theo Bettenfeld : Me concernant, l'expérience a déjà été tentée mais je n'en ai jamais été réellement satisfait. J'ai notamment composé pour une très bonne amie (Emma Tsekas, à qui j'ai dédié le titre "Emma's Song", et qui est une graphiste avec qui j'entretien une relation artistique très forte. Le film est un court, un dessin animé qui s'appelle Okinawa (Voir ci-dessous, deuxième vidéo), en référence aux suicides de groupes dont parlait déjà le film "Level 5". Mais la prod ayant été à Paris et moi en Province, ce ne sont que des lambeaux sonores qui se sont retrouvés au montage. Mais le film en soit est vraiment bon, et j'ai hâte de retravailler avec elle sur des sujets plus personnels.

photo09.jpg

De quels groupes vous sentez-vous proches et pourquoi ?

Louise B. : Je me sens proche de... personne en particulier mais j'aime bien Bjork et Brigitte fontaine car elles savent être intègres et ont une forte personnalité assumée.

Theo Bettenfeld : Proches à quel niveau ? Je ne me sent pas proche d'un groupe en particulier mais d'un peintre très célèbre : le Douannier Rousseau. Naïveté des courbes dans une infinité de formes et de couleurs confondues, exotisme assumé... J'ai le sentiment de structurer nos morceaux comme il structurait ses tableaux. Rousseau ça claque, et avec un petit acide lysergique, ça devient un économiseur d'écran très chic...

Maxdörfer: Personellement, définitivement proche de groupes tels que System of a down, et son rejeton Scars on Broadway, j'apprécie en effet la capacité de Daron Malakian à aborder le rock et le metal alternatif sous des angles innovateurs tout en s'appuyant sur des riffs et des structures des plus simples.

Theo Bettenfeld : Je connais pas Scars on Broadway...

Vous serez prochainement sur scène lors des 10 ans du groupe Triste Sire. Un groupe aussi très original, aussi bien dans ses compositions que dans son univers. Comment un groupe comme le vôtre se motive alors que l'originalité, qui est pourtant la pièce maîtresse en matière de culture, ne paie pas ?

Peter Tank : C'est quoi la question ? Pourquoi on bosse sans jamais être payé ? Franchement j'ai jamais trouvé la réponse …

Louise B. : C'est pas l'originalité qui paie mais le scandale et la provocation.

Maxdörfer : L'originalité...construire sa vie ou son projet artistique (je ne sépare ces derniers que pour la forme) dans le but avéré de se démarquer, c'est comme essayer de ne pas ressembler à son reflet : ca ne marche pas et ca n'a pas de sens, je ne sais pas pourquoi j'ai écrit ca.

Theo Bettenfeld : Moi je ne trouve pas que ce que l'on fait soit vraiment original en fait. Mais si ça l'est c'est effrayant parce que c'est un minimum en ce qui nous concerne. Effectivement, sur des coplateaux avec d'autres groupes de notre génération, on se rend compte que notre son n'est pas dans l'air du temps, mais ça ne nous empêche pas de nous entendre très bien avec ces groupes. En tous cas je ne revendiquerais pas de l'originalité. Et d'ailleurs, être original en 2010 ne signifierait-il pas : faire comme tout le monde, se mêler aux masses un maximum, avoir le moins de visites possible sur le web, et assumer son avenir ingrat ? J'ai hâte d'être original...

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Où en êtes vous dans vos compositions ? Je suppose qu'un album est en préparation....

Maxdörfer : A ce jour, le set comporte une dizaine de titres, la plupart déjà proches de leur forme définitive. Plusieurs compositions sont également en cours de route, qui complèteront l'album qui, je l'espère, sera enregistré et distribué entre 2010 et 2011.

Theo Bettenfeld : Ouaw. J'ignorais que c'était dans tes plans ! En ce qui me concerne, la seule chose que je demande est de pouvoir continuer à faire mes prises voix en nocturne après minuit, et à ne plus jamais mixer seul nos titres (c'est que j'ai échappé de peu à la pendaison). Cela dit nous sommes pauvres, et enregistrer coûte de l'argent. Composer n'est pas un problème, nous avons au moins quatre albums en réserve.

Sais t'on éventuellement comment s'appellera votre premier opus ?

Maxdörfer : Plusieurs propositions ont été déja faites, de façon plus ou moins télépathique.

Non sérieusement, je dois donner une idée là ? Moi je l'appellerais "l'Hiver à Katmandu" , mais "Quatre Heures et Demie aux Indes : l'Hiver à Katmandu" ça fait redondant, non? Oh, et puis je dis ce que je veux, c'est mon interview après tout.

Theo Bettenfeld : Je ne sais pas comment on appellera notre premier opus mais j'appellerais sans doutes mon premier film "Aller baiser ta soeur" juste histoire de rendre fou le guichetier avec des "Je voudrais deux tickets pour aller baiser ta soeur...".

Et qu'est ce qui vous inspire, de quoi parlent vos textes ?

Theo Bettenfeld : J'en ai parlé très récemment avec Yoanan du groupe Triste Sire, il m'a dit que c'était important que la totalité du groupe connaisse la signification des textes. J'ignore si c'est courant ou non mais ce sont les titres des chansons qui laissent place aux textes et plus rarement l'inverse, lorsque je les écris. Un titre comme Mandalay par exemple : j'avais une très forte pneumonie et j'étais alité, plein de fièvres délirantes. Je faisait des rêves érotiques un peu flippant toute la journée, et le peu de contacts que j'avais avec l'extérieur c'était la presse gratuite qu'on m'amenait. C'était en plein pendant la révolution de Safran en Birmanie. Et le titre est venu sur une carte dans un canard. Mandalay. Voilà. Mandala, Mandalay, et puis il y avait cet album de Siouxsie là... Mantaray. Anyway, c'est de l'écriture automatique, voire du Haïku. Ca ne se lit pas malheureusement, ça se ressent.

Votre ambition aujourd'hui quelle est t'elle ?

Theo Bettenfeld : Jouer, jouer, jouer encore, et encore encore, donner des concerts partout, partout dans le monde, et tous les soirs, se réveiller et se demander où on est... repartir et jouer encore, ça serait le nirvana. Très loin de notre réalité.

Louise B. : Tout à fait d'accord.

Peter Tank : Oui et puis sortir des caves aussi.

Maxdörfer : Tourner dans plusieurs pays et acquérir la notoriété que le groupe ( enfin, moi en tout cas) mérite.

A quoi ressemble un concert de Quatre Heures et Demie aux Indes ?

Theo Bettenfeld : Je ne sais pas, sans doutes que ça ressemble encore bien trop à un concert pour me plaire.

Maxdörfer : Une grande variété de sons, un set qui se démarque réellement par le fait que chaque chanson est particulière, mais j'imagine que chaque groupe a cette impression.

Louise B. : Et surtout à une invitation au voyage...

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Si vous aviez à définir le groupe, en quelques mots, quels seraient ils ?

Louise B. : Pierre d'encens, thé noir, vieilles âmes pourrissantes, jungle, asie, les années 30...

Maxdörfer : Désordonné, splendide, dans ta face.

Theo Bettenfeld : Une goutte d'eau sur une pierre brûlante... (bon film tiens).

Etes vous en recherche de labels ou autre, afin d'assurer votre promo ?

Louise B. : Oui !

Theo Bettenfeld : Je suis pour. Mais je préviens, nous sommes un peu dérangés.

Peter Tank : Non non, nous on aime pas ça.

Theo Bettenfeld : C'est ironique ?

Peter Tank : Oui.

Où pourra t'on vous voir dans les semaines à venir ?

Louise B. : Le 18 juin au CCO de Villeurbanne, pour la suite, on vous tiendra au courant c'est promis...

Un clip est-il prévu ?

Theo Bettenfeld : Nous prévoyons plutôt d'occuper une partie de cet été pour tourner de la vidéo de scène en masse. Mais je n'en dirais pas plus pour le moment.

Je vous laisse le mot de fin, à bientôt,

"Strong & Flash !" ces mots de P. Smith nous vont assez bien. Merci beaucoup de nous avoir laissé nous exprimer...

Site officiel : http://quatreauxindes.fr/

Myspace : http://www.myspace.com/quatreauxindes

Par Guillaume Joubert - Publié dans : INTERVIEWS - Communauté : webzine musical
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